J'AI TROP MARCHÉ SUR LES TROTTOIRS
Les jours passent, lamentables, perdus
Tout s'écroule
Il fait froid,
Il fait un froid de mort
Et mon lit est défait pour un nouveau cauchemar
J'AI TROP MARCHÉ
SUR LES TROTTOIRS
J'ai les yeux plein d'ombre, le sourire usé et l'envie de t'écrire est si forte que mon crayon pourrait courir sur la page comme un voleur de récits.
J'ai peur
Peur de la folie
De cette peur qui souffle comme un incendie dans cette chambre verrouillée
Où je roule
où je croupis
Repliée sur moi-même
Sourde, muette, aveugle à tout ce qui n'est pas moi.
Cette peur souffle en moi piquante, glaciale comme un vent du nord
Le goût de cette peur je l'ai au bout des lèvres
DIS-LEUR TOI QUE JE NE SUIS PAS FOLLE
La nuit se termine
La nuit des vivants, ceux qui ronflent
J'AI TROP MARCHÉ SUR LES TROTTOIRS
Ma chambre est vide. Le jour les barreaux y découpent le ciel en petits carrés, et la nuit, comme ils sont éclairés par les lumières du clocher, leur ombre dessine au plafond des trapèzes jaunâtres encadrés de noir, une véritable oeuvre d'art. Que j'ai dans l'oeil pour l'éternité.
Les jambes repliées sur ma poitrine, j'écoute l'hiver, j'essuie la sueur de mon front avec le coin de ma chemise ouverte, je sens passer entre les mots que je n'écris pas des bouffées d'air acidulées, hachurées cabossées, chiffonnées, et l'angoisse me gifle comme une pluie de banlieue
Tu me manques tellement, je voudrais crier très fort pour que tu m'entendes, hurler comme la sirène des bateaux qui rentrent au port Hurler à la haine
SORTEZ LES CHIENS !!!
J'AI TROP MARCHÉ SUR LES TROTTOIRS
CHAUSSURES D'OCCASION
AVEC DES SOUS D'OCCASION
POUR DES AMOURS D'OCCASION
Tu sais je suis devenue laide, les neuroleptiques ont arrondi mon corps, mes yeux se sont éteints comme d'anciens volcans et des rides maquillent mon visage. Je pense à vous, arlequins guenilleux, à lécher l'alcool sur le tranchant d'un godet de fortune, j'entends encore la chute sèche de la goutte dans la cuvette émaillée……..
Et l'odeur des pâtes refroidies et de la fumée écrasée !!!!!
On était tous fils de pirates !
J'entends des bruits de clefs dans le couloir !!!!!
Je t'embrasse tout doucement
Et méfie toi de la nuit
elle a un faux air de contre-jour
Les portes s'ouvrent et se referment une à une
THÉ CAFÉ CHOCOLAT
Les cris s'harmonisent et les reflets de l'hiver éclaboussent des rêves bégayants à faire tomber dans le vide tous les beaux contes de fée
Je m'habitue à l'hallucination simple
J'ai trop marché sur les trottoirs
et quand l'aube devient plus chaude j'ai froid
Dis-leur que je ne suis pas folle
MAIS PEUT-ON PEINDRE LA FOLIE EN SON ENTIER ??
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